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Mon cheminIl m’a fallu beaucoup de temps pour donner à l’art la place qu’elle devait avoir dans ma vie. Ce qui m’a paru comme étant un instinct pendant plusieurs années n’a pu être analysé que par une pensée devenue maintenant mature, critique et articulée. J’ai baigné dans les courants marins les plus imaginatifs et créatifs avec pour seul compagnon mon extériorisation naturelle par le biais de l’art. Je parle ici d’exploration et d’expérimentation dénudée de critères esthétiques. J’ai compris un jour que l’art authentique devait agir à titre d’extériorisation. Ce soudain réveil de sens me permit de réussir à créer en faisant complètement abstraction des critères esthétiques émis par notre société. La création est si intense et si libératrice quand on la pratique dans la bonne optique ; créer pour soi sans aucun regard critique sur le résultat de l’action, mais uniquement se concentrer sur l’action de création.On peut se détacher du sens esthétique durant la création, mais il est extrêmement difficile de le faire en regardant un tableau laid et mal construit. L’expressionnisme et l’impressionnisme furent mes chemins sources. J’expérimentai maints et maints médiums; aquarelle, acrylique, pastel… Un seul a réussi à bien articuler ma pensée imaginative d’une façon libératrice. La texture si unique de l’huile fut mon idéal esthétique dès la première toile que j’expérimentai. La technique que j’utilise est instinctive et propre à mon être, elle est la technique qui exprime à merveille ma vision particulière des émotions que je vis et du monde qui nous entoure. Autodidacte, ma vision de l’art n’est que poursuite infinie vers une libération totale ( une liberté et une légèreté de l’être au travers de son art). Feu l’Art AuthentiqueL’art est une activité de libération personnelle…Pour toucher à l’art pur, il faut créer dans une optique contemplative de l’imagination et de l’esprit tout en faisant la complète abstraction de tout rapport esthétique exercé par la société. Bien que je pusse expérimenter vainement cet état d’esprit, il est la version utopique de ce que serait l’activité de création artistique pure. Une activité de libération avec laquelle l’artiste extériorise des émotions qu’il interprète. Il est donc le technicien de sa pensée et n’est que l’outil d’interprétation entre l’esprit et le rendu interprété. Donc, il y a communication entre l’imagination et la pensée. Les deux communiquent pour que le technicien soit capable de les interpréter à l’aide de medium.Le domaine de la peintureEn tant que photographe, musicien et peintre, je peux cerner où les trois se sont perdus en cours de route…La musique étant la plus déroutée de ce qu’elle est. Il s'agit d'une déroute dû à l'«industrie». C’est exactement ce concept qui a éloigné l’homme des réelles mœurs de l’art et qui a dérouté la raison d’être de l’art pour la remplacer par l’amour-propre. «L’industrie» est depuis la nuit des temps présente, et elle engendre par milliers des impostures d’artistes suffocant dans leur art et ne vivant que d’amour-propre… «L’industrie» est en fait un concept qui est venu avec le concept de société. Il s’agit de vendre son art, de la créer avec les mêmes critères esthétiques imposés inconsciemment ou consciemment par la société. Cet état d’esprit est ultra-présent en tout artiste vivant dans notre société. Impossible de nier cette affirmation, chaque fois qu’un artiste crée, il y verra des critères esthétiques à respecter. Il s’en imposera à lui-même (qui découlent des expériences de son vécu). En jeunesse, on nous apprend à différencier la beauté de la laideur. On nous apprend à être beau.J’en suis l’exemple parfait, car je suis capable d’avouer ma non-authenticité dans l’art que je projette en peinture. Je n’ai pas la prétention de dire que mes créations sont authentiquement mon essence tout le temps. Le fait de réaliser ce fait n’est pas plus libérateur, sauf si on est capable de faire le grand saut…Le détachement avec une société complètement mauvaise et néfaste pour l’être… Mes œuvres sont passionnées et travaillées, il y a eu recherche de style et d’esthétisme particulier. Ils sont pour la plupart du temps créées dans un état de flottaison du corps et seuls les artistes comprendront ce que je dis par flottaison du corps. Je parle d’un moment où la communication entre imagination et pensée devient tellement pure et dénudée de sens critique qu’elle projette dans une parcelle des grands champs du nirvana. Seulement, il s’agit d’un bien petit moment, une petite flamme discrètement allumée dans l’intimité d’un moment… Ce moment si pur et si bon se voit plaqué au sol par les rapports de la société. Il vient étouffer cette totale libération de l’esprit. Il vient pour que l’œuvre plaise au regard de l’artiste et insciemment, aux regards et aux louanges des spectateurs. Un virus, une plaie ouverte, c’est un peu à ces images que ce moment d’arrêt brusque me fait penser. C'est un virus qui ne peut pas s’irradier même avec un retrait total de la société. Il suffirait de se plonger dans une optique tellement retirée de toutes notions sociales que même si on voulait créer pour les autres, il n’y aurait pas «d’autres» assez proche physiquement pour le pouvoir. si on continue le scénario: la solitude le grugerait; elle lui sucerait même sa liberté, car la seule solitude bénéfique est celle que l’on peut partager. Si elle est bien gérée: la solitude est une vague assez puissante pour noyer la peur et faire flotter l’esprit... Parlons du technicien maintenant. Il est crucial de comprendre qu’un technicien peut être techniquement très bon, mais un artiste bien médiocre. Et à l’inverse, un artiste peu être génial mais n’avoir aucune technique. Alors dans ce cas, si le rendu est laid, il ne pourra jamais être apprécié des critères esthétiques émis par la société et donc il se verra dire qu’il n’est pas un artiste (il sera tué). Prenons exemple d’un peintre qui peint à perfection un paysage ou une scène de la vie. Il y en a eu à la tonne dans l’histoire de la peinture. De grands génies les appelle-t-on. Un peintre photographe, je dirais mieux. Mais en fait? Est-ce vraiment un artiste ou un simple technicien? Il n’y a pas plus esthétique qu’un peintre ayant la technique pour reproduire à perfection les masques corporels physiques? Comment ne peut-on pas se laisser envoûter par la justesse d’une anche? Mais encore, il ne faut pas généraliser, l’« artiste» pourrait avoir, toute sa vie durant, suivi une formation technique très assidue et, devenu techniquement bon, il a pu réussir à se libérer parfaitement par ce choix technique, car il est aussi facile pour lui de le faire de cette façon que de lancer de gros jets de peinture sur une toile comme Pollock. La question réside dans le temps de réalisation je pense. Comment l’activité pourrait être libératrice si la toile en question prenait un an à compléter? Une toile travaillée plus d’une semaine devient vite un fardeau et une obligation complètement insoutenable par l’artiste. Il y a ici une raison qui est la paresse naturelle de l’humain. Cette expérience commune qu’il me semble irréaliste de réfuter; l’artiste n’a pas le choix de vivre l’art paresseusement et donc, sans ambition esthétique et de durs labeurs à endurer. Une vision assez authentique et puriste. Qui désire d’une autre vision? Qui est heureux dans ce manège superficiel qui m’étouffe de jour en jour faute de liberté? L’esthétisme est une cage qui moule à perfection mon corps qui est lui-même, une cage à mon esprit. L’artiste et l’artiste tuer...Je pense que l’on naît artiste comme un homosexuel naît homosexuel, dans l’optique où tout le monde naît artiste. Comme je l’ai dit plus haut, une personne peut désirer le statut d’artiste (car elle vit d’amour propre) et travailler toute sa vie très fort pour y parvenir, mais jamais il n’émanera d’essence et de pureté dans ces œuvres, car il ne l’aurait jamais fait dans la bonne voie. Quand on entreprend quelque chose, il s’agit uniquement de la façon dont nous la percevons qui déterminera sa réussite. Ces gens, bien que trop nombreux, sont des imposteurs d’artistes; les vides. L’art est un instinct chez l’humain, mais il est trop mal interprété. Il n’a même pas la chance de seulement être libre chez certains individus. Il sera assassiné dès son plus jeune instant par le rapport esthétique exercé par la société.Si l’art est une communication entre l’imagination et la pensée et que cette dernière se voit coupée faute d’esthétisme, comment pourra-t-il se libérer et non refouler certaines choses? Comment l’individu fera pour ne pas vivre dans une tristesse qui ne peut pas être extériorisée à cause du fait que le résultat de l’extériorisation n’a aucune valeur monétaire? Il y a des résultats frappants que l’on peut voir grandir ici dans notre société. D’abord, il y a des besoins illimités par rapport aux plaisirs matériels accessibles. Il y a aussi des besoins inventés par rapport aux plaisirs charnels vains et il y a le simple désir de ne jamais penser. Pour ces gens, la pensée profonde est un tabou tellement elle n’a jamais été extériorisée. Le parallèle avec les mots dans une situation de confrontation avec un autre individu est intéressant : quand il manque de mots, il en viendra au poing... J’ai lu une phrase un jour et j’ai oublié le nom de cette brillante personne. Je la citerai probablement très mal, car la phrase n’est restée qu’une idée dans mon esprit (par rapport à l’art) : «Si tu laisses aller quelque chose et qu’il te revient c’est qu’il est à toi, s’il ne revient pas c’est qu’il ne l’a jamais été.» Je crois que l’art reviendra toujours à l’homme qui le laisse revenir, mais ne reviendra pas à celui qui l’a toujours rejeté à cause sa laideur. L’humain a beaucoup plus à apprendre de la laideur que de la beauté. Chez les artistes, l’art est un instinct et il gravira la hiérarchie pour se libérer à n’importe quel prix. Souvent leur désir est de créer pour les autres et avoir en retour une affection particulière et un semblant de compréhension mutuelle. Il s’agit de la majeure partie des artistes, mais tellement peu avoueront cette plaie. L’artiste sera artiste même s’il ne pratique pas l’art, mais il y sera forcément plongé un jour car l’Art le rattrapera et le forcera à sortir les émotions qui se refoulent, sauf si il est toujours noyé dans l’esthétisme. L’artiste, qu’il le veuille ou non, sera un artiste sauf si son regard est sans cesse tourné vers la survie. Mais une fois cette partie assurée, l’art le rattrapera et agira à titre d’instinct. En comprenant ma vision de l’art à son état le plus pur, comment pourrions-nous apprécier cet art? Comment pourrions-nous apprécier une chose non esthétique et complètement personnelle? Un néant particulier qui est laid!? On ne peut pas apprécier l’art authentique, nous en sommes pas encore au niveau de le faire. La seule chose que nous pouvons apprécier, c’est le fruit de «l’industrie» qui est donc une invention de la société, et qui est une noire perversion des fondements de l’art. En fait, il ne s’agit pas d’art, mais de divertissements qui détournent de la vraie pensée profonde de chaque individu. L’art authentique s’expérimente, mais ne s’affectionne pas devant le produit physique créé. La raison est simple : il ne doit pas l’être. La productivité de l’artiste et les émotions dans la solitude.Le coté superficiel se situe dans ce que l’artiste expérimente en émotion. Car cette dernière influencera beaucoup l’imagination pour produire des images esthétiquement acceptables.L’émotion serait la source de l’essence d’un tableau. Mais les émotions que nous connaissons sont brutales et vives, les gens ont oublié la douceur de la contemplation. Ils ont oublié la finesse des douces et longues émotions. Les gens veulent un raccourci vers ce qui est intense, mais encore, l’optique dans laquelle ils le font n’est pas la bonne. C’est une course vaine et vive. Les gens oublient vite et se rappellent mal. Mais surtout, les gens jugent ce qu’ils ne connaissent pas, d’où vient l’expression « artiste incompris », qui énonce clairement la compréhension de quelqu’un face à l’ignorance de ces juges. Pouvons-nous créer dans un état de solitude complète en étant honnête avec nous-mêmes? Est-ce que chaque émotion ne provient pas d’une interprétation envers autrui? Oui, je crois qu’il est possible d’être capable de vivre des émotions, bien que nostalgiques ou contemplatives avec la nature. Alors ici, je vois encore le problème de franchise de l’artiste. La nostalgie, c’est se rappeler ce qui a été et en le faisant, je suis certain que les germes d’une pensée esthétique seront toujours présents dans l’œuvre. Donc voici en quoi la société est un virus : il est forgé à notre esprits. Cette notion d’esthétisme, est complètement inventée pour la rentabilité de l’industrie. La mélancolie est l’état de plus profonde communion que l’artiste peut avoir avec son être. C’est dans la peur et la détresse que notre être laisse tomber toute notion esthétique. J’ai nommé l’artiste, mais cet état est bénéfique pour n’importe qui est assez fort pour le vivre. La peur, le néant, le grand vide, ces choses ne doivent pas être détournées de leur vrai sens : l’inconnu. Ce sont des images tellement horrifiantes que l’être se voit lui-même réduit à sa plus profonde personne. Maintenant, pouvons-nous faire une action libératrice artistique tout en aimant que ce soit beau? Créer une œuvre pour notre propre expérimentation, mais qui est aussi très esthétique. Oui, bien sûr, mais je suis certain que la réelle beauté qui en émanera sera laide aux yeux de tous et splendide aux yeux de l’artiste. Ou alors sa vision pourrait être comprise et il s’agirait d’avantage de compréhension esthétique que d’appréciation. La nature comme chemin sourceLa nature est tellement pure, tellement dénudée de toute obligation et d’esthétisme. Elle est vierge et rien n’est plus beau que la pureté. Les gens ont aussi oublié la nature, car la nature supporte l’homme. Mais l’homme ne voit plus l’arbre, il voit un madrier. Il ne voit plus les milles couleurs de l’automne qui sont d’une beauté plus intense et durable que tout. Le froid d’un hiver, et son odeur sont de belles émotions qui ont été détestées et haïes à cause de ce même madrier qui soutient ce vain confort. Et encore, avec ces propos, je serais catalogué comme sensible ou «spécial». Sachez que cette sensibilité, je l’ai développée et que nous l’avons tous en nous, homme ou femme. Jeunes roseaux comme vielles branches. Cet art, tout le monde peut l’expérimenter comme cette sensibilité; il s’agit de faire le travail de les trouver sous toute cette carapace de confort et de faux bonheur. |